L'histoire du 9ème arrdt

Situé à l’extérieur du Paris médiéval, l’actuel 9e arrondissement était une plaine marécageuse, au sud de la butte Montmartre.
Ce n’est qu’au XVIIIe et surtout au XIXe siècle que le site connut un développement urbanistique brillant, qui marque encore sa physionomie actuelle.

Dès l’époque gallo-romaine, les Romains commencent à exploiter le gypse de Montmartre, pour le transformer en plâtre, matériau prépondérant dans l’architecture parisienne, ce qui vaudra à la capitale le surnom de “Paris la Blanche”.

Au XIe siècle, de nombreux pélerins parisiens utilisent le chemin des Martyrs (actuelle rue du même nom) pour se rendre à la chapelle des Martyrs, située rue Yvonne-le-Tac (18e arrondissement).

Dès le XIe sicèle et jusqu’au XVIIIe siècle, la vigne est l’activité agricole prédominante sur les pentes basses de Montmartre. Elle est complétée par les légumes, les arbres fruitiers et même des céréales, destinés à approvisionner la capitale. C’est l’abbaye bénédictine de femmes de Montmartre, fondée en 1133 par le roi Louis VI et la reine Adélaïde, qui exerce son pouvoir féodal sur la Butte et ses environs.

En 1290, on signale les propriétés d’André Pocheron le long du chemin de Saint-Lazare (actuelle rue Saint-Lazare), qui par déformation donneront le nom de Porcherons à ce hameau, qui s’étend au nord de la rue Saint-Lazare, à l’est de la rue de Clichy, et à l’ouest de la rue des Martyrs.
Avec la proximité des vignes, le commerce du vin non taxé (nous sommes à l’extérieur de l’enceinte de Louis XIII) devient rapidement la vocation de ce hameau et à partir des années 1660, de nombreux cabarets voient le jour dans la rue des Martyrs. Le village des Porcherons devient un lieu de plaisirs, peuplé de guinguettes et de cabarets, qui connaitra un engouement jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

En 1644, un village rival planté de vignoble apparait : la Nouvelle-France, situé entre la rue de Bellefond et la rue Bleue, également exempt de taxes, qui devient également peuplé de guinguettes et de débits de boisson.

Plus tard, en 1720, Louis XV autorise la création du quartier neuf de la Chaussée d’Antin à l’extérieur du rempart de la ville, au-delà de la porte Gaillon. Avec les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, ce quartier va devenir pendant le XVIIIe siècle et jusqu’au Premier Empire, l’un des plus aristocratiques de Paris : à la suite de Richelieu, financiers et fermiers généraux se font édifier hôtels particuliers ou folies autour du palais-Royal et dans le quartier Montmartre.

La deuxième moitié du XVIIIe siècle voit la spéculation financière gagner tout ce secteur. De grands spéculateurs tels les financiers Laborde et Bouret de Vézelay s’empressent de lotir le quartier.
Pendant la période 1770-1790, les plus brillants architectes travaillent sur de grand projets : Ledoux édifie dans la Chaussée d’Antin l’hôtel Thélusson, l’hôtel de Montmorency et le Temple de Terpsichore; Bélanger est chargé de construire de 1763 à 1787 l’hôtel et les magasins des Menus Plaisirs du roi, entre les rues du Faubourg Poissonnière, Bergère et Richer. En 1780, le quartier de l’ancien couvent des Capucins sera loti et confié à Brongniart.
Parallèlement, au pied de la colline de Montmartre ont fleuri tout le long du siècle de petites maisons, des “folies”, petits hôtels particuliers entourés de vastes jardins, qui vont abriter les amours illicites d’aristocrates et financiers avec des actrices ou danseuses de l’époque.

En 1784, face aux nombreuses fraudes pratiquées pour contourner l’octroi, impôt octroyé par le roi à la ville pour certains biens de consommation, les Fermiers Généraux obtiennent du roi la construction d’une nouvelle enceinte, fiscale et non plus militaire, qui va repousser la limite géographique de Paris, et qui sera délimité par 54 portes ou barrières, confiées à l’architecte Ledoux. Le bas-Montmartre, composé des anciens faubourgs constituant l’actuel nord du 9e arrondissement, se retrouve maintenant englobé dans la capitale. La Révolution consomme le divorce entre le bas et le haut Montmartre, l’abbaye étant démantelée. Le découpage administratif qui séparait Paris en 12 arrondissements allait subsister jusqu’en 1860.

Pendant la première moitié du XIXe siècle, de grandes opérations d’urbanisation sont lancées pour désengorger la capitale : le quartier de l’Europe (1821-1826), la Nouvelle-Athènes (1819-1825) et le quartier Saint-Georges (à partir de 1824).
Les Grands Boulevards sont le centre de la vie sociale, véritable promenade urbaine vouée à la flanerie, rythmée par les inombrables cafés, théâtres et autres lieux d’attraction du public.
Sous le second Empire, ils sont à leur apogée : la presse se fixe dans les 2e et 9e arrondissements, à proximité de la Bourse, de l’hôtel Drouot, des théâtres et des cafés politiques. La construction de l’Opéra Garnier et du Grand Hôtel de la Paix incarnent l’architecture impériale et symbolisent l’essor de la société bourgeoise et du capitalisme naissant.

A la fin du XIXe siècle, les principaux instruments de la modernité façonne définitivement l’identité du quartier : les chemins de fer (sièges des compagnies et gare Saint-Lazare) dans le quartier de l’Europe, les grands magasins (boulevard Hausmann), les sièges des grandes banques – Laffitte, Rothschild, Comptoir d’Escompte, Crédit de France, Société Générale – et les sièges des compagnies d’assurances – la Nationale, l’Urbaine-Vie, la Séquanaise.
Avec l’arrivée de ces géants du commerce et de la finance, la société bourgeoise élit domicile plus à l’ouest, vers la plaine Monceau, et dans les 8e et 16e arrondissements.
Le lieu du divertissement, les Grands Boulevards, déclinent également au profit du nord de l’arrondissement, les établissements proches de Montmartre, tels la Brasserie des Martyrs ou le Café de la Nouvelle-Athènes, place Pigalle.

Dans la première moitié du XXe siècle, Pigalle reste un important foyer artistique et littéraire; les artistes y ont leur atelier et les cafés littéraires et cabarets ( tel le Le Chat Noir) y fleurissent. Des Folies-Bergères au Moulin Rouge, en passant par le Casino de Paris ou La Nouvelle Eve, les music halls et les cafés environnants sont le centre de la vie nocturne.
Economiquement, le déclin du 9e arrondissement devient très net après la Seconde guerre mondiale : Si 90 % des compagnies d’assurance y sont encore domicilées en 1959, 8,2 % des entreprises cotées en Bourse y sont seulement présentes en 1990, contre 48,5 % en 1880.

Aujourd’hui, le tissu économique et social du quartier reste encore la résultante de l’essor urbanistique survenu deux cent ans auparavant : importance des bureaux et sièges sociaux dans ses parties sud et ouest, géographie plus résidentielle de ses parties nord (quartiers Saint-Georges et Pigalle) et est (Faubourg Poissonnière, quartier Rochechouart), densité importante de théâtres et salles de spectacle, poumon commercial de la capitale (avec les grands magasins du boulevard Hausmann en plein redéveloppement).

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